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Clara Bow, de la femme désirée à la femme rejetée

Dernière mise à jour : 29 mai



L’américain lambda adore Clara Bow. Au contraire des stars de l’époque, elle ne prétendait pas être d’une élégance hautaine, une aristocrate d’Hollywood. Elle est à l'aise dans sa propre peau, raconte tout sans filtre et cette candeur contribue à faire d’elle une idole des années folles.

Avec la dépression des années 30 elle devient l’un des symboles d’une industrie cinématographique pervertie et dissolue.


Le personnage de Nellie LaRoy joué par Margot Robbie dans le film Babylon de Damien Chazelle est inspiré entre autre de Clara Bow. Elle est, comme de nombreuses actrices et de nombreux acteurs, issue d’un milieu pauvre et qui connaîtra une ascension fulgurante vers la gloire.


Surnommée the It Girl, Clara a 18 ans lorsqu’elle est promue star mais sa carrière sera très courte. Lorsqu'elle doit prendre sa retraite en 1931accélérée par un flot de scandales et de rumeurs à son encontre, elle est alors âgée de 26 ans.




Clara et les Années Folles


Clara Bow pourrait être une star d’aujourd’hui. Elle ne semble pas appartenir aux années 20. Sa façon de bouger, de flirter avec la caméra fait qu’on ne peut pas la quitter des yeux.


Le réalisateur Billy Wilder expliquait au sujet de Marilyn Monroe "Cette fille avait quelque chose que je n'avais pas vu depuis le temps des films muets. C'est la première fille qui ressemblait à l'une de ces stars « lush » de l'ère du muet. Chaque image du test irradiait le sexe." "Flesh Impact est rare. Je me souviens de trois personnes qui l'avaient, Clara Bow, Jean Harlow et Rita Hayworth. De telles filles ont de la chair qui se photographie comme de la chair. Vous sentez que vous pouvez tendre la main et la toucher."




En 1927, Clara Bow est l’archétype de la femme désirable, elle est la star n°1 des États-Unis. Après deux ans de petits rôles et petits succès, elle se retrouve sous contrat avec le studio Paramount.

Nous sommes après la première guerre mondiale et beaucoup de femmes ont goûté à l’indépendance. Elles ont quitté leur environnement généralement rural, sont venues en ville, ont vécu en colocation avec d’autres femmes, ont un emploi et sont devenues consommatrices de vêtements, maquillage, magazines et de cinéma.

Clara Bow devient la garçonne (ou flapper) la plus populaire de son époque.

Les filles voulaient lui ressembler et les garçons rêvaient de sortir avec elle.


Elle tournera près de 8 films par an de 1921 à 1928. Elle réussit sa transition de star du muet au parlant, bien qu’elle les détestait et que son accent de Brooklyn ne plaise pas à tout le monde.



Un parfum de scandale



Les femmes étaient devenues un peu trop libres de leurs vies et de leurs corps.

Il fallait remettre de l’ordre dans tout ça. Et Clara Bow en était la représentation. Elle venait d’un milieu populaire et renvoyait à cette même image de culture considérée comme populaire qu’était le cinéma des années 20 voire vulgaire a contrario du théâtre de Broadway qui était promu comme un art élitiste.


Avec l’avènement du parlant et la grande dépression des années 30, les cartes de l’industrie du divertissement se redistribuent.

En 1929, les États-Unis rentrent en crise. Le cinéma d’Hollywood se tourne alors vers Broadway, en quête de respectabilité et de renouveau avec notamment l’arrivée du Code de Production Hays.


Sauf que Clara aime beaucoup les garçons, la fête, le jeu, et ne respecte pas les règles.

Hors Hollywood dans les années 20 essaye de prouver qu'il a le même prestige que Broadway. Il faut réhabiliter l’image des studios et gommer toutes les affaires qui pourraient ternir leur éclat.


Seulement Clara Bow refuse de se débarrasser de son accent, de son attitude et de lisser ce qu’elle est.


Trop gênante, trop provocante, trop « trash » et n’étant plus invitée dans les soirées « who’s who », elle va créer ses propres soirées. Elle menace de ses frasques le petit cercle hypocrite et donc, finira par se faire exclure.



Stars hollywoodiennes, journalistes et toutes les personnes qui veulent préserver leur image n’auront aucun scrupule à lâcher voire ternir l’image de Clara Bow lorsque les rumeurs vont commencer.


Je ne sais pas si vous connaissez cette règle, mais en France on parle de la règle des 3 L.


Son procès avec sa secrétaire Daisy DeVoe qui cherchera à lui extorquer de l’argent en tentant de la faire chanter, déclenche un séisme de révélations toutes plus dévoyées et abjectes les unes que les autres.


Le studio Paramount aurait pu étouffer l’affaire mais le succès de Clara Bow commençait à péricliter et la direction ne souhaitait pas renouveler son contrat.


D’une femme joyeuse et hédoniste, la presse à scandales crée une image de femme bestiale à la sexualité débauchée. Son contrat est rompu avec Paramount et sa carrière est terminée.


Malgré quelques films tournés avec la Fox, son image est ternie et sa carrière ne redécollera plus.

Nous sommes en 1932, le monde est plongée dans la Dépression et tout ce qu’avait incarné Clara Bow, la joie, la consommation semblaient cette fois obscènes, excessives et perverties.


Clara Bow la femme la plus désirée d’Amérique était devenue persona non grata.